L'invité(e) du mois



 
Bruno Witvoët
Maîtrise de Sciences de Gestion (1984)
Président Directeur Général d’Unilever France.


Bouger


Entre Le Printemps et Astra-Calve (pôle huile d’Unilever à l’époque), le choix du premier employeur fut rapide pour ce globe-trotter impénitent.

« En 1984, pour mon premier emploi, je voulais du mouvement et déjà je pensais à l’expatriation: Unilever versus Le Printemps, ce fut vite tranché ».

Pour bouger et se renouveler, Bruno fut servi. « La route » pour ses premières années commerciales, puis du marketing terrain et siège. L’international n’est venu qu’au bout de 8 ans, après plus de 100 000 kilomètres sur les routes de France. Ce sera donc un premier départ pour le Mexique !

OC : La mobilité géographique, clé de la progression de carrière régulière. Ta femme a-t-elle du sacrifier la sienne ?
BW : « Bien au contraire. A certains moments, pendant les 16 années où elle exerçait une activité professionnelle chez AMEX, ma femme avait une fonction et /ou une rémunération supérieure à la mienne. En revanche il est vrai que j’ai refusé certaines propositions dans le groupe qui pouvait poser question à sa propre évolution personnelle. Il faut être transparent jusqu’au bout. Il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que ce n’est possible et réalisable que si les deux travaillent dans des organisations à forte implantations internationales. Quand l’un bouge, l’autre a une chance de trouver une position dans le pays d’accueil.

OC : Mexique, Pays-Bas, France, Suède, Belgique, Grande-Bretagne.. Après 25 ans dans le food et les produits de soin dans une « World Company », penses-tu que le consommateur se soit standardisé dans ses goûts et mode de consommation ? Le marketing et les techniques de vente sont-ils devenus globaux ? »
BW : « Tout dépend des produits et marchés. En « Home Care », un consommateur, qu’il soit mexicain ou belge, souhaitera toujours laver propre, blanc avec une bonne odeur.
En Food, les produits à forte histoire ou connotation locale auront du mal à sortir de leurs frontières. Les concepts peuvent avoir des choses en commun mais quand il s’agit du gout des produits c’est une autre histoire. Les moutardes, mayonnaises ou vinaigrettes en sont un bon exemple. Amora ou Maille en France, Hellman’s dans les environnements britanniques ou nordiques montrent que sur des existants, les structures de goût ne sont pas transformables.
En revanche, sur des produits récents qui tirent leur légitimité de leurs origines, comme les glaces Ben&Jerrys, l’harmonisation peut être poussée à l’extrême.
Nous avons lancé récemment un nouveau bouillon, qui devrait donc avoir une diffusion mondiale. C’est cette évolution qui fait le sel de notre industrie.

Pour résumer, ce qui est mondial ou régional, c’est la R&D, le conditionnement et la recherche consommateur avec des méthodes quantitatives similaires. Les économies d’échelles sont assises sur ce modèle. Pour le « quali », il faut être forcément local.

OC : A propos d’Amora-Maille, c’est toi qui en a piloté le rachat à PAI. Quels enseignements ?
BW : Vendue par Danone à Paribas Affaires Industrielles, nous (le directeur financier, juridique et moi-même) avons travaillé sur une intégration en douceur. La réussite d’une intégration est fortement liée à la réalité des promesses faites lors de l’acquisition. Nos capacités mondiales en R&D, comme notre puissance marketing et publicitaire pour le développement des marques ont rassuré. Nous avons également beaucoup expliqué la mobilité intra groupe pour les exécutifs. Actuellement, le directeur monde de la division Skin Care en est issu de même que mon directeur logistique et industriel en France.

OC : Dans ton industrie, le « Time-to-market » s’est il comprimé au cours de ces 10 dernières années ?
BW : Je ne pense pas. Les enjeux sont si importants et le mix si large que l’on prend le temps de prendre le temps nécessaire.

Manager


OC : Dauphine t’a-t-elle enseigné les rudiments du management des équipes ?

BW : Non, à l’époque, c’était très gestion et finance dans mon cas, mais pas spécifiquement management. Aujourd’hui je ne sais pas. Une chose est sure, Dauphine préparait bien au travail en groupe mais aussi donnait une grande autonomie. Mais pas à l’exercice d’une autorité hiérarchique. Quand débutant, tu sillonnes les routes, tu apprends en marchant, même si ton entreprise te dispense quelques formations.

OC : Que faut-il attendre d’un patron direct ?
BW : Tout dépend de l’âge. A 22 ans, il faut attendre de la proximité, du soutien. Un supérieur doit montrer la voie, former, être pédagogue tout en laissant l’autonomie nécessaire à la prise de poste.

A 40 ans, ton patron doit te pousser quotidiennement plus loin, tracer la voie, montrer la stratégie du groupe et te donner de l’espace pour te développer. Il ne doit promettre que ce qu’il peut tenir, surtout en période de crise économique et de croissance moindre.

OC : Les femmes managent-elles différemment des hommes ?
BW : J’ai dirigé Unilever Suède un pays où 92% des femmes travaillent ; en Belgique, les ventes étaient dirigées par une femme : je ne suis peut être pas politiquement correct, mais manager des femmes est différent de manager des hommes. Je leur trouve plus de sensibilité et de pragmatisme. Leur management est plus émotionnel et je leur reconnais en général un plus grand courage de leurs opinions.

OC : Quel défaut de management te reconnais-tu ?
BW : L’impatience.

Dauphine hier


OC : Nous sommes de la même promo. Un ou deux professeurs qui t’aient marqué ?
BW : Jean-Marie Pichard, en fiscalité et Guy Zarzavatdian, en Politique et Structure, l’un des séminaires transversaux de quatrième année.

Dauphine aujourd’hui

J’ai l’honneur d’avoir été nommé administrateur de l’université au titre des personnalités extérieures. Je découvre le fonctionnement de la maison et essaie d’y apporter ma contribution. La Fondation sait également qu’elle peut compter sur moi.

 

Propos recueillis par Olivier Coppermann (MSG 1984)


Profil Express

 

Formation
MSG Marketing Dauphine 1984, Harvard Summer Master Class 1998, Senior Executive Programme, INSEAD Paris octobre 2009

Parcours professionnel
1984/1991 : Astra Calvé France : différentes responsabilités commerciales et marketing
1994/1995 : Pepsi Lipton Tea, directeur Mexique
1995/1998 : Directeur Europe des produits de cuisine Van den Bergh (Londres)
1998/200 : Directeur marketing et innovation, Astra Calvé France
2000/2001: Business Unit Director SCC & Olive Oil Unilever Bestfoods France
2001/2003 : Directeur général européen de la catégorie corps gras et fromages d'Unilever-Bestfoods, Rotterdam
2003/2005 : Directeur général Unilever Bestfoods Belgique
2005/2009 : Président Unilever Pays Nordiques
2010 : Président Unilever France

Perso
4 enfants, tennisman, skieur et plongeur accompli.
Un péché capiteux : Le Château Simone blanc (avec modération) (Vin de Provence/appellation Palette situé sur la petite commune de Meyreuil NDLR)

                                                                                                                                                                
Pour visualiser les anciens Invités du Mois :
Christian Poyau, Marc Lévy, Jean-Luc Gérard, Albert-Louis Mathieu, Thierry Morin, Thierry Gandillot, Yves Rommel, Bruno César, Yseulys Costes, Seynabou Seck, Dominique Blanchecotte

Association des Anciens Elèves de l’Université Paris Dauphine

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